Quand les victoires impressionnent, les épreuves éduquent ... le Hikma du Maggal.
- il y a 2 jours
- 4 min de lecture

Define Tawakkul…
J’ai beau chercher, mais je ne trouve pas meilleure définition du Tawakkul que le Màggal, dans son essence comme dans sa genèse.
Parce qu’au fond, le Màggal ne célèbre pas une victoire. Il célèbre une épreuve. Et cette nuance change absolument tout.
Le Màggal ne célèbre pas le retour d’exil, mais le départ d’un long périple qui allait sceller le destin d’une communauté entière et influencer l’histoire d’une nation, d’une culture… d'une couleur de peau.
Li Tubaab jappe woon mbugal, neke ñaan gu nangu lawoon. (Ce que le colonisateur considérait comme une punition n’était en réalité qu’une prière exaucée.)
L’ordre d’une mission salvatrice venait d’être tamponné.
“Bamba ca Mayomba.” Le décret divin était déjà acté.
Ils ont voulu lui infliger des épreuves… sans comprendre qu’en vérité, c’était eux l’épreuve.
Une épreuve que Cheikh Ahmadou Bamba choisira lui-même de commémorer, alors même que son issue fut bien plus qu’une victoire. Chaque édition du Màggal en devient d’ailleurs une preuve supplémentaire :
celui qui fut éloigné a rapproché des millions de cœurs de l’amour du Bien-Aimé (ﷺ) ;
celui qui fut déporté à mille lieux a fondé la Ville aux mille lumières ;
celui qui fut éprouvé est aujourd’hui à la tête de l’une des plus grandes communautés de la Sunnah.
Comme il le résumera lui-même avec cette profondeur qui n’appartient qu’aux hommes ayant déjà vu ce que les autres ignorent encore :
“Ñu may ree ci limay takk bagaas yi, ma leen di ree ci li nu ko nara yennu.” (Ils riaient en me voyant préparer mes bagages. Je leur souriais, sachant que ce seraient eux qui les porteraient à mon retour).

Mais au-delà de toute la dimension mystique du Màggal...
Pourquoi demander à toute une communauté de commémorer le jour du départ… plutôt que celui du retour ?
Pourquoi graver dans les mémoires l’instant où tout semblait perdu, plutôt que celui où tout fut remporté ?
Pendant longtemps, cette question est restée sans réponse.
Puis je me suis rendu compte que le retour appartient à l’Histoire.
Le départ, lui, appartient au cœur. Le retour est un résultat.
Le départ est une intention. Le retour raconte ce qu’Allah a accordé.
Car au moment où Cheikh Ahmadou Bamba quitte cette terre qu’on lui arrache, rien ne garantit un retour. Personne ne peut lui promettre la victoire.
Aucune coupole ne domine encore l’horizon.
Il n’y a ni les millions de pèlerins.
Ni la renommée de Touba.
Ni le rayonnement du Mouridisme.
Il n’y a qu’un homme…
et son Seigneur.
C’est probablement là que réside une immense Hikma. Le Tawakkul ne se mesure jamais lorsque les portes s’ouvrent. Il se révèle lorsque toutes semblent se fermer.
Le Màggal nous enseigne donc à ne pas attendre la victoire pour apprendre à faire confiance à Allah. À Lui faire confiance avant même d’en connaître l’issue.
Je crois même que cette pédagogie protège toute une communauté d’un piège subtil : celui du culte du résultat.
Car les victoires impressionnent. Les épreuves, elles, éduquent.
Une victoire peut parfois faire croire que le succès était inévitable. Qu’il était écrit d’avance. Qu’il suffisait d’attendre.
L’épreuve, au contraire, rappelle le doute, la solitude, la patience, les sacrifices… et surtout Celui grâce à Qui tout devient possible.
Avant Touba…
il y eut Mayomba.
Avant les foules…
il y eut la solitude.
Avant les honneurs…
les tentatives d'humiliations.
Avant les lumières…
la traversée de l’obscurité.
Le récit ne commence donc pas par le succès.
Il commence par la confiance.
En y réfléchissant, je me suis souvenu du peuple de Mûsâ (as). La victoire sur Pharaon venait à peine d’être célébrée qu’il ne fallut qu’un instant pour que le Veau d’or soit érigé.
Je me suis souvenu également d’Uhud. Il ne fallut qu’un moment de distraction, quelques archers quittant leur position avant l’ordre du Prophète (ﷺ), pour qu’une victoire annoncée change de visage.
Comme si les victoires avaient parfois cette capacité à faire oublier l’essentiel.
L’épreuve, elle, ne cesse de le rappeler.
Ceci n’est certainement pas une réponse définitive. Mais j’y vois une piste, une méthode, une pédagogie propre à Cheikh Ahmadou Bamba.
Une manière de former des hommes qui ne bâtissent pas leur foi sur les résultats visibles, mais sur la confiance accordée à Allah lorsque rien n’est encore visible.
Si la victoire appelle les honneurs et fait bomber le torse… les épreuves, elles, rappellent le chemin parcouru. Elles rappellent notre mission sur Terre. Elles imposent l’humilité.
Et peut-être est-ce précisément cela que Cheikh Ahmadou Bamba a voulu transmettre en faisant du jour de son départ le jour de notre rassemblement.
Pour ma part, c’est l’une des plus belles manifestations de la Hikma du Màggal.
Et elle me suffit à nourrir ma définition du Tawakkul : celle qui consiste à avancer lorsque rien ne garantit l’arrivée ;
celle qui consiste à accepter l’épreuve avant d’espérer la victoire ;
celle qui murmure, dans la nuit comme dans le jour :
Hasbunallāhu wa ni’mal-Wakîl. Ni’mal Mawlā wa Ni’man-Naṣîr.
....



Baay Sam Yalna gueu fi yagg 🥹 li master class la